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lundi 15 mars 2010

Face à face : regards croisés sur la fonction d'intermédiaire

Big Mana (manager de Soldout et ex-manager de Ghinzu)
VS
Redboy, leader du groupe MLCD [My little Cheap Dictaphone]  et guitariste d'Hollywood Porn Stars
 
La maison de disques, le manager qui coordonne le tout, le booker pour les dates, les labels et l’éditeur, autant d’intermédiaires avec lesquels Big mana, manager et RedBoy, leader de MLCD travaillent tous les jours.
 

Comment choisissez-vous vos intermédiaires ?

Redboy: Chacun a sa manière de fonctionner. C’est propre à l’histoire de chaque artiste. Souvent quand il débute, il apprend à se faire connaître: des professionnels peuvent l'approcher car ils aiment ce qu'il fait... ou cela peut aussi être l'artiste lui-même qui démarche les labels, le manager et le booker avec sa démo, les invite à un concert, etc...
Notre groupe a évolué aussi. Au fur et à mesure des étapes, nous nous sommes professionnalisés.
Pour ce nouvel album, nous voulions travailler avec des personnes un peu différentes d'auparavant, des structures un peu plus importantes qui n'auraient pas été spécialement intéressées au tout début du groupe. Fort des expériences précédentes, je savais, pour cet album, quelles seraient les bonnes personnes pour défendre le projet. Il s’agit de sentir les choses.

Big Mana: Tu t’engages très rarement dans une relation de management avec un artiste sans le connaître un petit peu. On fréquente le même milieu et on fait connaissance. Il y a aussi une question de feeling.

Redboy: Avec de l’'expérience, tu peux savoir ce qu’ils ont déjà fait, avec quel groupe ils ont déjà travaillé. Tu vois ou non si tu te sens proche de leurs univers et de leurs manières de travailler, tu évalues le travail pour d’autres groupes. Il faut observer avant de choisir.
Chaque personne a son propre réseau et quand on en a fait le tour, il faut changer et aller voir ailleurs. Rencontrer des personnes qui ont des ouvertures à l’étranger, c’est important en Belgique. C’est un petit pays ….

Big Mana:
Il n’y a pas de règles. On peut commencer sans manager et n’avoir qu’un éditeur. Je connais des artistes qui ont réussi leur carrière musicale avec juste un éditeur.

Redboy: C’est mon cas. Jusqu’ici, j’ai toujours fonctionné sans manager pour MLCD [My little Cheap dictaphone]. Cela me paraissait plus simple. J’ai franchi un cap depuis peu car je viens de démarrer un partenariat avec un manager.

Big Mana: En fait, c’est une bonne chose que les artistes commencent seuls pour comprendre comment cela fonctionne et pour mieux collaborer ensuite avec les partenaires. Ces expériences leur permettent de mieux cerner ce qu’ils peuvent attendre d’eux. Il y a des groupes qui sont très entourés dès le début, mais se retrouvent un peu perdus par la suite car ils ne connaissent pas le fonctionnement des choses et le rôle exact de chacun des intervenants. Ca peut les desservir et créer des malentendus.

Redboy: L’artiste doit beaucoup s’impliquer. Le manager est l’intermédiaire entre la maison de disques le booker, l’éditeur etc. Il centralise un peu tout cela. Mais dans notre cas, on a toujours fait beaucoup nous-mêmes. Nous faisons des réunions pour définir ce que nous voulons. C’est une bonne manière d’être impliqués, d’avoir conscience des choix à faire. Ce n’est pas le manager qui prend la décision, c’est l’artiste.. Et il en fait part au manager puis en discute. Le manager, c’est un conseiller.

Quelles relations entretenez-vous ?

Big Mana: Les rapports d’amitié qui se créent changent à la longue.

Redboy: Je vis le cas avec un autre groupe: Hollywood Porn Stars. Mon meilleur ami en est devenu le manager. On n’a plus les mêmes rapports parce que ce sont des rapports professionnels. En tant qu’artiste, tu as tendance à attendre beaucoup de ton manager et une fois qu’il y a des déceptions, tu remets cela un peu sur les épaules du manager. A partir du moment où j’estime avoir fait mon boulot: ma musique, mes concerts , après je me dis «débrouillez-vous avec cela» et faites le mieux possible. Quand des trucs ne vont pas, si le manager, est ton ami, cela amène des rapports tendus.

Big Mana: Je trouve parfois dangereux d’instaurer ce lien d’amitié. C’est souvent ambigu. C’est plus sympa et agréable, bien sûr, mais cela n’aide pas toujours dans la prise de certaines décisions. Chaque partie a sa vision, ses objectifs et son idée sur  la manière d’y arriver. Les prises de décisions se font de commun accord. Le fait d’être moins proche facilite les choses.

Redboy: Le manager doit être ouvert aux envies du groupe et l’artiste doit pouvoir se remettre en question pour écouter les conseils du manager.

Big Mana:
C’est une relation de confiance. Une fois qu’elle n’y est plus, c’est très difficile de continuer ensemble. Au final, c’est l’artiste qui décide. Je me vois très mal forcer un artiste à faire quelque chose. Je ne crois pas qu’il le fera bien s’il n’est pas convaincu. Maintenant, c’est aussi une question d’argumentation.

Qui décide quoi?

Redboy:  L’artiste et ses intermédiaires forment une équipe. Chacun prend contact avec son réseau de connaissances pour faire avancer le projet. Pour trancher, le patron c’est souvent l’artiste. Dans un groupe, il y a toujours un leader qui prend les décisions et qui discute avec le manager au nom du groupe. Un exemple : notre album sort en France. Plusieurs labels sont intéressés. Le manager pourrait aller les rencontrer et tâter le terrain pour nous faire un rapport. C’est sûr que deux avis valent mieux qu’un. Pour notre part, , nous avons toujours aimé sentir le terrain nous-mêmes parce que nous fonctionnons au feeling: «Ce label là est plus petit mais les personnes sont plus motivées et donc, on ne sera pas au fond du catalogue». Maintenant on parle ici d’une musique à échelle humaine plus indépendante plutôt que de grosses machines commerciales où cela ne fonctionne pas du tout comme ça.

Big Mana: Il y un porte-parole pour le groupe vis-à-vis du management et le manager est le porte- parole du groupe par rapport aux partenaires et aux relations extérieures. Cela permet au groupe d’être préservé de toutes sortes de questions qui prennent du temps et occupent l’esprit. On est sollicité constamment et surtout pour les aspects très concrets, très pratiques.
L’utilité du management est de défendre les intérêts de l’artiste. Il est derrière les gens au quotidien pour faire avancer les choses et gérer ce qui est moins agréable. Cela permet à l’artiste d’être plus conciliant, sachant que le manager interviendra ensuite pour tout régler. C’est plus simple quand l’artiste ne doit pas parler d’argent ou de contrat avec sa maison de disque. Il s’en tient à une relation artistique. Il ne s’agit pas de l’exclure mais de le protéger.

L’autoproduction, une liberté pour l’artiste … et le manager ?

Redboy: Nous aimons tout gérer nous-mêmes, donc, autoproduire notre album puis solliciter des partenaires, est un système qui nous convient bien. Ce système se généralise car avec la crise du CD, les maisons investissent de moins en moins dans de vrais contrats d’artiste. Ils incitent même les grands chanteurs français à produire leurs disques eux-mêmes. Leurs rôles se limitent alors à les distribuer ou à prendre une licence pour exploiter sur un territoire.

Big Mana: Un certain nombre de choses sont contractuelles. Le reste est basé sur la bonne entente. On ne peut pas tout prévoir dans un contrat. Il y a beaucoup de zones d’ombres pour lesquelles il faut trouver un consensus. Signer en tant qu’artiste avec une maison de disques, c’est ajouter un partenaire avec lequel composer. Cela signifie que l’artiste cède les droits du master. La maison devient le producteur qui veut rentabiliser son investissement. Ici l’artiste peut se reposer sur le réseau de la maison de disques, surtout sur sa filière à l’étranger.
En autoproduction, le rôle du manager est ambigu. J’ai souvent vécu cela comme problématique. L’artiste se dit: «j’autoproduis, je suis propriétaire de mes enregistrements, je décide tout seul». A mon avis, les intérêts du producteur ne sont pas les mêmes que ceux du manager et de l’artiste. Il y a parfois un conflit d’intérêts. Par exemple, le producteur acceptera une demande de mettre un morceau sur une compilation car cela va rapporter des revenus en édition alors que l’artiste va dire que cette compil est naze et qu’il n’a pas envie d’y figurer.  

 

Propos recueilli par Sophie Van Nuffel

Contact

Big Mana et Soldout:
www.myspace.com/wearesoldout

Concerts:
19 mars Galérie HORTA (DJ-SET) BRUSSELS / BE
24 avr. DE FLODDER LANGEMARK
29 avr. DE VASIM NIJMEGEN / NL
6 mai LEVI’S / DJ SET ANTWERPEN / BE

MLCD [My Little Cheap Dictaphone] sort son nouvel album Opera Pop "The Tragic Tale of A Genius" le 22 mars chez PIAS.
www.myspace.com/mylittlecheap

Concerts:
15 avril 2010 Anvers – Petrol (+ YACHT (USA) )
07 mai 2010 Liège - Caserne Fonck (support Dez Mona)
08 mai 2010 Bruxelles - Cirque Royal (Nuits Botanique) (+ The Irrepressibles (UK) )